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Pour arriver à l’atelier de céramique d’Hortense Montarnal, le GPS se trompe. Sur le papier, c’était une vraie ligne droite, mais le chemin réel pour aboutir est plus tortueux. Ma matinée passée avec Hortense me fait penser qu’avec la porcelaine, c’est un peu la même chose.

 

Hortense aurait pu ne jamais croiser la route de la céramique. Dans une première vie, cette maman de deux enfants travaillait dans les Ressources humaines. Rien ne la prédestinait à cela. Ou tout peut-être, à condition de savoir lire les signes. Sa tante faisait de la poterie, mais Hortense n’en avait jamais réalisé avec elle. L’oncle de son mari, qui était passionné par le design des années 1950, a, pour sa part, laissé derrière lui une collection d’objets impressionnante et, parmi eux, des céramiques très épurées de cette époque.

Hortense recense tout et commence à s’intéresser de plus près à cette matière. Elle décide de prendre des cours puis, très vite, le fait de devoir entrecouper ses séances la frustre. Elle se met à pratiquer la céramique chez elle. Alors qu’elle cherche à se réinventer professionnellement, elle a «un flash», selon ses propres termes. « Je voulais travailler de mes mains, mais je ne me sentais pas artiste et puis, un jour, ça a été clair. Je voulais vivre de ma passion pour la céramique». Elle suit une formation pour être reconnue «Atelier Art de France». En 2014, elle lance son entreprise. Trois ans plus tard, elle ne sait plus où donner de la tête tant ses créations sont prisées. Tout est allé très vite grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Hortense fait également son entrée chez Empreintes, un concept store des métiers d’art à Paris.

Des marques la contactent pour des collaborations. On retrouve désormais ses créations dans les Appartements parisien et new-yorkais de la marque de mode Sézane.
« C’est toujours un plaisir de voir que des marques apprécient mon travail, et c’est plaisant de faire se rencontrer deux univers», déclare-t-elle.

Dans son atelier, on repère des assiettes singulières. Quand on lui demande s’il s’agit de sa prochaine collection, elle nous explique qu’elle travaille également avec des restaurateurs, dont Pierre Sang, le fameux chef qui avait participé à l’émission Top Chef sur M6.

Vient le moment où Hortense se met à travailler la matière. La magie opère. Le bloc de terre se laisse dompter par les mains habiles et musclées
de la jeune femme. On réalise alors qu’avant de devenir une pièce délicate, la porcelaine est d’abord une matière vivante, qu’il faut apprivoiser.
«Chaque pièce est unique, car le travail de la terre l’est aussi. Il y a plein de paramètres qui rentrent en compte et qui ne sont pas de notre ressort.
Par exemple, je peux avoir travaillé de la même manière et, d’une cuisson à l’autre, avoir de la casse. C’est ce qui est le plus dur à accepter. On ne maîtrise pas tout, et l’on ne peut pas prévoir à l’avance si tous les objets enfournés ressortiront entiers.»
Et c’est là toute la difficulté du métier. Il faut du courage et savoir lâcher prise.

 

 

 

 

 

 

 

« C’est comme si je rentrais
dans un état méditatif.
Je ne pense à rien d’autre
que ce que je suis en train
de faire.»

 

 

 

 

 

 

De la patience aussi. Pour une fournée de 20 assiettes, cela demande trois semaines de travail car, entre chaque passage au four à plus de 1000°C, il y a des phases de séchage naturel.

La céramiste est en train de modeler des tasses; son débit de parole se fait moins dense. On sent que cette activité la calme. Elle nous le confirme.« C’est comme si je rentrais dans un état méditatif. Je ne pense à rien d’autre que ce que je suis en train de faire. C’est presque une expérience mystique. » Elle poursuit :
«Au début, je faisais attention de gommer toutes les petites lignes créées par mes doigts sur la matière, puis j’ai réalisé que vendre un objet trop parfait faisait également disparaître le sentiment d’acheter un objet fait main. Je les laisse à présent.»

 

 

 

 

Dans l’atelier d’Hortense,
on repère des assiettes
singulières.

 

 

 

 

 

Quand on demande à Hortense ce qu’elle prépare pour les années suivantes, elle nous regarde avec un grand sourire.
«J’ai pas mal d’envies. Mais, pour l’instant, je prends les choses une à une», dit-elle. Et de nous rappeler qu’au lieu de toujours anticiper, nous ferions bien de profiter de ce que nous sommes en train de vivre.

Laetitia Dhers

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*Cet article est tiré du n°3